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Cartographie des religions (3) – La péninsule arabique

Par Oriane Huchon
Publié le 28/12/2016 • modifié le 21/04/2020 • Durée de lecture : 4 minutes

Diversité confessionnelle dans la péninsule arabique

De multiples courants de l’islam sont représentés dans la péninsule arabique.

Au centre de la péninsule, l’Arabie saoudite est intrinsèquement wahhabite. Le wahhabisme est le courant sunnite le plus rigoriste, et est issu de l’école juridique hanbalite. La dynastie des Saoud s’est alliée au prédicateur Muhammad bin Abd al-Wahhab dès le XVIIIe siècle (1745) dans le but de constituer un royaume musulman unifié et purifié de toute dérive (culte des saints, musique rituelle…). La puissance de l’Etat saoudien, issue de sa souveraineté sur les lieux saints et de ses ressources pétrolières, a contribué à diffuser et à légitimer le wahhabisme, qui était auparavant craint car trop sévère et rigoriste. Il existe toutefois une importante minorité chiite (duodécimains) sur les rivages du Golfe persique.

Le Golfe Persique est le théâtre de nombreuses expressions de la foi religieuse. Au Koweït, les sunnites malikites côtoient les chiites duodécimains, eux-mêmes majoritaires en Iran, à l’est de l’Irak, à Bahreïn (dont la dynastie régnante est sunnite), et à l’est de l’Arabie saoudite. Au Qatar, seul Etat à partager le wahhabisme avec l’Arabie saoudite, d’autres rites sunnites sont présents, notamment chafiite. Oman quant à lui est le bastion historique de l’ibadisme, pratiqué par 75% de la population, courant religieux issu du khâridjisme et distinct du sunnisme et du chiisme. L’ibadisme y côtoie une forte communauté chiite, et une petite communauté sunnite.

Dans tous ces Etats de la péninsule arabique et du Golfe persique, il faut également tenir compte d’importantes minorités religieuses liées aux immigrés venus trouver du travail dans les pétromonarchies. Ces populations asiatiques (pakistanaises, indonésiennes, indiennes, sri-lankaises, bangladaises, philippines…) sont souvent hindouistes et parfois bouddhistes ou chrétiennes. Ainsi, en 2014 à Bahreïn, la population étrangère représentait 54% de la population totale, le christianisme était pratiqué par 14% de la population, l’hindouisme par 10% et le bouddhisme par 2,5% de la population totale.
Enfin, le Yémen est partagé entre des sunnites chafiites (entre 60 et 75% de la population) et des chiites zaydites (entre 25 et 40% de la population). Cette division est à l’origine, parmi de multiples autres facteurs, des conflits qui ont cours actuellement au Yémen.

Le pèlerinage à La Mecque

L’Arabie saoudite est la gardienne des lieux saints. Si ce rôle est aujourd’hui contesté, notamment par l’Iran chiite, il n’en demeure pas moins que les Saoud sont les garants du bon déroulement du pèlerinage et de son organisation. Le pèlerinage à La Mecque a lieu une fois par an dans le calendrier lunaire et est à l’origine d’importants flux de populations. Historiquement, le pèlerinage durait plusieurs mois, voire plusieurs années selon la provenance du pèlerin, et était périlleux. Aujourd’hui, les pèlerins arrivent par avion à Djeddah, à l’aéroport international Roi-Abdelaziz. D’immenses travaux sont entrepris depuis les années 1970 par les autorités saoudiennes pour accueillir toujours plus de pèlerins. Les complexes hôteliers sont construits sur des lieux historiques, à l’instar de la maison de Khadija.

Le journal Le Monde (1) a établi en 2015 un calcul des chiffres du hajj. Ainsi, selon le journal, en 2015 le hajj aurait impliqué :
- 1,323 millions de pèlerins étrangers, pour un total d’environ 2 millions de pèlerins
- 5,75 milliards d’euros de revenus
Chaque année, les pèlerins sont plus nombreux. Cela demande des efforts logistiques et économiques majeurs à l’Arabie saoudite : approvisionner tous les pèlerins en eau dans une ville qui a toujours été marquée par la sècheresse, apporter assez de cailloux pour la lapidation de Satan… Les flux de populations entraînent également le transport de certaines maladies épidémiques, comme le coronavirus en 2013 et nécessitent donc un renforcement des mesures sanitaires afin d’éviter leur propagation.
Le hajj est chaque année le théâtre de bousculades meurtrières. En 2015, année la plus meurtrière de l’histoire du pèlerinage, au moins 2000 pèlerins sont morts lors de l’Aïd al-Adha (les autorités saoudiennes ont communiqué le chiffre officiel de 769 morts). Les mouvements de foule sont récurrents et expliquent les dizaines de milliers d’agents engagés par les autorités saoudiennes pour tenter de maintenir l’ordre et le bon déroulement du pèlerinage.

(1) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/09/22/milliers-de-policiers-millions-de-pelerins-milliards-de-benefices-le-pelerinage-de-la-mecque-en-chiffres_4766928_4355770.html

Lire également :
- Cartographie des religions (1) – Aperçu régional au XXIe siècle
- Cartographie des religions (2) – Le Proche-Orient
- Cartographie des religions (4) – L’Iran
- Hichem Djaït, La Grande Discorde, Religion et politique dans l’Islam des origines
- Sunnites et chiites dans l’Orient médiéval
- Sunnites et chiites à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles)
- Sunnites et chiites à l’époque contemporaine
- L’opposition sunnisme-chiisme est-elle pertinente pour comprendre les conflits du Moyen-Orient contemporain ?
- Sultanat d’Oman de 1798 à 1920 : la progressive implantation britannique
- Sultanat d’Oman dans les années 1920 : l’empire informel
- Sultanat d’Oman de 1932 à 1955 : la progressive unification du pays
- Sultanat d’Oman de 1956 à 1977
- Aux marges du califat, pouvoirs et doctrines dissidentes : retour sur le développement de l’ibadisme (2/2)

Bibliographie :
- DUPONT Anne-Laure, Atlas de l’islam. Lieux, pratiques et idéologie, Autrement, 2014, Paris.
- Revue Moyen-Orient n°23, “Bilan géostratégique 2014”, Juillet-Septembre 2014, Paris.
- SELLIER André, SELLIER Jean, Atlas des peuples d’Orient. Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale, La Découverte, 2002, Paris.
- BALANCHE Fabrice, Atlas du Proche-Orient Arabe, PUPS/RFI, 2012.
- RONDOT, Pierre, L’Islam dans la péninsule Arabique In : La péninsule Arabique aujourd’hui. Tome I [en ligne]. Aix-en-Provence : Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, 1982 (généré le 24 octobre 2016).

Publié le 28/12/2016


Oriane Huchon est diplômée d’une double licence histoire-anglais de la Sorbonne, d’un master de géopolitique de l’Université Paris 1 et de l’École normale supérieure. Elle étudie actuellement l’arabe littéral et syro-libanais à l’I.N.A.L.C.O. Son stage de fin d’études dans une mission militaire à l’étranger lui a permis de mener des travaux de recherche sur les questions d’armement et sur les enjeux français à l’étranger.


 


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