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Compte rendu de l’exposition « Aventuriers des mers, de Sindbad à Marco Polo » à l’Institut du Monde arabe, 15 novembre 2016 – 26 février 2017

Par Oriane Huchon
Publié le 28/11/2016 • modifié le 20/04/2020 • Durée de lecture : 4 minutes

L’exposition s’articule autour de quatre thèmes. Le visiteur est tout d’abord plongé dans les dangers, les mythes et les peurs que la mer provoque chez les hommes. Dans cette première partie de l’exposition sont présentées des mâchoires impressionnantes d’animaux marins, des gravures représentant des naufrages, des exvotos. La mer effraie mais fascine en même temps, et les hommes sont inlassablement attirés par elle et par l’aventure qu’elle promet. La mise en scène tire vers les tons rouges sombres, et une mer menaçante s’agite sur l’écran au mur.

La deuxième partie présente de façon rassurante et apaisée les outils et techniques élaborés par les navigateurs pour tenter de dompter la mer : maquettes de navires arabes, portulans, cartes… C’est le savoir de la navigation qui apparaît dans cette section. Un parallèle intéressant est dressé entre la cartographie arabe, héritière de la cartographie grecque, et la cartographie latine plus tardive. Les représentations du monde seraient ainsi différentes entre les deux civilisations : si pour les Latins le centre du monde est la Méditerranée, les Arabes le situent plutôt dans l’Océan Indien. Grâce aux cartes exposées datant de différentes époques, le visiteur constate l’évolution des techniques cartographiques et de la connaissance du monde.

A l’étage sont exposés des trésors retrouvés dans des épaves, des pierres précieuses, des céramiques, des soieries : ce sont les marchandises qui naviguaient sur les eaux. Une mise en scène cartographique retrace l’histoire des relations entre l’Orient et l’Occident de l’Antiquité à la Renaissance, l’histoire des maîtres des mers de Gibraltar à Pékin. On comprend le rôle central que les Arabes ont joué au Moyen Âge dans l’approvisionnement en produits de luxe des marchés européens, tant au niveau de la production qu’au niveau de l’importation de produits plus lointains. Un artisanat semi-industriel serait même né sous les Mamelouks (1250-1517), avec pour vocation unique l’exportation de produits de luxe vers les cours du monde entier. Les contacts constants entre l’Occident et l’Orient, voire l’Extrême-Orient, ont fait naître la première globalisation entre les XVe et XVIIe siècles.

La dernière partie de l’exposition semble clore la période où les Arabes étaient les maîtres de la navigation. Les républiques italiennes prennent alors de plus en plus d’importance en Méditerranée, puis ses armateurs s’imposent comme les principaux de la région, aux dépens des armateurs ottomans et arabes. Dans un deuxième temps, le portugais Vasco de Gama s’impose à son tour. Il est rappelé qu’il parvint à contourner le Cap de Bonne-Espérance et à naviguer jusqu’en Inde en 1498, ce qui marque la fin de la dépendance de l’Europe vis-à-vis des intermédiaires arabes (et italiens). Enfin, l’évocation de la bataille de Lépante (1571) et de la victoire de la Sainte Ligue clôt l’expansion ottomane en Europe et la domination des mers par les Ottomans.

La scénographie est élégante et les moyens de l’Institut du Monde arabe sont pleinement déployés pour ravir le spectateur et permettre une réelle immersion dans ce monde marin ancien : ciel étoilé, iconographie, projections… Les pièces exposées sont précieuses, certaines particulièrement remarquables, tels que le boutre omanais Nizwa sur le parvis, tous les planisphères, mappemondes et représentations cosmographiques arabes et latins, un brûle parfum ciselé (prêt du Victoria and Albert Museum), des textiles mamelouks, un petit coffre indien en argent ciselé d’une extrême finesse. On retrouve des trésors d’épaves, des maquettes, des céramiques, des soieries, des cartes, du mobilier… Le prêt par le Muséum national d’histoire naturelle de pierres précieuses et de squelettes d’animaux marins est original et intéressant, puisqu’il apporte un aspect scientifique à l’exposition tout en faisant travailler notre imagination.

Cette élégance n’empêche pas l’exposition d’être didactique et vivante. Les maquettes de navires, les films et les reportages permettent de mieux se représenter les conditions de navigation de l’époque. Certains épisodes de la vie des plus célèbres explorateurs (Vasco de Gama, Sindbad, Ibn Jubayr, Ibn Battûta, etc.) sont contés à voix haute et mis en scène. On peut y voir un clin d’œil à la tradition orale, du conte aux mythes, en passant par les récits de voyage. Enfin, deux reportages sur Zanzibar et les Comores ouvrent l’horizon du spectateur : les explorateurs ont apporté la civilisation arabe bien au-delà de l’Equateur.

Aventuriers des mers, de Sindbad à Marco Polo place l’aire arabe au centre du monde antique et médiéval, comme intermédiaire entre l’Extrême-Orient et l’Europe. La mer est présentée comme un lieu de rencontre, d’échange, de découverte et aussi, parfois, de conflit. Les commissaires d’exposition ont pris le parti de se concentrer sur les biens échangés et sur les techniques de navigation : il y a peu de références à l’évangélisation par exemple, qui a pourtant constitué un moteur central dans la volonté de découvrir l’inconnu et de rencontrer l’autre. Mais le sujet est si vaste que plusieurs expositions pourraient être consacrées au même thème, aussi cela n’entache en rien la cohérence de l’exposition et son intérêt. L’histoire, la science et l’imagination y ont la même importance.

Site de l’Institut du Monde arabe :
https://www.imarabe.org/fr/expositions/aventuriers-des-mers

Publié le 28/11/2016


Oriane Huchon est diplômée d’une double licence histoire-anglais de la Sorbonne, d’un master de géopolitique de l’Université Paris 1 et de l’École normale supérieure. Elle étudie actuellement l’arabe littéral et syro-libanais à l’I.N.A.L.C.O. Son stage de fin d’études dans une mission militaire à l’étranger lui a permis de mener des travaux de recherche sur les questions d’armement et sur les enjeux français à l’étranger.


 


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