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Ancien journaliste d’investigation à l’Orient Today et ancien analyste senior chez Kharon Data, Albin Szakola répond aux questions des Clés du Moyen-Orient sur la présence militaire israélienne à la frontière avec le Liban.
J’ai récolté des informations postées par des soldats et des volontaires de l’armée israélienne sur les réseaux sociaux en recoupant ces informations avec des communiqués de l’armée israélienne pour déterminer où étaient déployées les forces postées à la frontière avec le Liban.
Cette méthode est souvent utilisée par les journalistes d’investigation pour documenter les mouvements de l’armée israélienne à Gaza. Dans plusieurs enquêtes, certains journalistes ont trouvé des informations sur les réseaux sociaux, en source ouverte, pour recueillir ces données. Pour information, le journal israélien Haaretz a montré que ces publications sur les réseaux sociaux représentent une menace sécuritaire, car les troupes israéliennes donnent trop d’informations sur leurs réseaux.
J’ai d’abord travaillé sur la manière dont l’armée israélienne est organisée, j’ai classé par brigades, bataillons… en utilisant les données ouvertes sur les réseaux sociaux pour identifier les brigades présentes à la frontière. J’ai fait une base de données avec les soldats et les volontaires. Les volontaires qui aident les militaires à travers la distribution de matériel ou la préparation des repas postent beaucoup d’informations sur les réseaux. J’ai aussi utilisé Google Maps pour identifier les lieux où les volontaires et les soldats étaient postés sur les photos.
De plus, les soldats de réserve israéliens qui sont appelés à servir organisent des campagnes de dons pour collecter de l’argent pour l’équipement et les fournitures qui ne sont pas immédiatement disponibles. Ces campagnes de dons fournissent souvent des informations sur l’endroit où leurs unités seront déployées.
Par ailleurs, l’armée israélienne elle-même publie des communiqués pour informer sur le déploiement de certaines brigades à la frontière, ou sur l’entraînement de certaines unités. J’ai donc recoupé ces informations et j’ai ainsi pu avoir une idée claire de la situation à la frontière, même si certains éléments sont encore flous.
Ma première conclusion est que les menaces israéliennes sur une possible invasion du Liban ne correspondent pas aux capacités militaires actuellement mobilisées à la frontière avec le Liban. Alors que les officiels israéliens disaient en juin dernier qu’ils avaient finalisé les plans pour une telle campagne, la situation sur le terrain est différente. Du moins pour le moment, et sûrement pour les semaines à venir. Depuis le 13 août, sept brigades de combat - un mélange d’unités d’active, de réservistes et d’unités territoriales - sont mobilisées à la frontière sous le commandement de trois divisions. Le problème pour Israël n’est pas seulement qu’ils sont en nombre insuffisant pour une invasion terrestre, mais c’est aussi que certaines unités de l’armée déployées dans le Nord ne peuvent pas être utilisées dans le cadre d’une invasion, car elles sont entraînées majoritairement pour assurer la défense du territoire israélien.
Les troupes d’élites sont aujourd’hui principalement à Gaza. Dans le Nord, seules deux brigades sont considérées comme des brigades d’élites, qui peuvent être mobilisées pour des offensives : la 1ère brigade, Golani, et la 188ème, Barak. Ces deux brigades sont composées de troupes en service actif, elles ont déjà été mobilisées à Gaza, puis elles ont été déployées dans le Nord en février-mars 2024.
Je ne suis pas un expert militaire, mais à travers cette enquête, j’ai aussi étudié comment les brigades israéliennes étaient postées à Gaza depuis la fin du mois d’octobre quand l’invasion terrestre a été lancée, jusqu’à maintenant. Les unités de l’armée israélienne en service régulier ont été longuement déployées à Gaza. Au cours des dix derniers mois, l’armée israélienne s’est fortement appuyée sur son noyau de dix brigades de combat en service actif, déployant la moitié ou plus de ces troupes à Gaza pendant au moins 27 semaines.
J’ignore personnellement si cela est fatigant pour une telle armée, car à travers les articles des médias israéliens, l’armée israélienne se présente souvent comme forte et capable de continuer les combats à Gaza. Néanmoins, un colonel de l’armée israélienne affirmait récemment que ses hommes étaient effectivement fatigués, mais il ajoutait que s’ils devaient aller au Liban, ils devraient s’entraîner quelques semaines, puis ils seraient prêts.
Lire le premier entretien : Entretien avec Mohanad Hage Ali : « Le Hezbollah est dans une meilleure situation qu’en 2006, néanmoins, il n’est pas en position d’entrer dans une guerre ouverte avec Israël »
Lien vers l’article publié sur l’Orient Today :
Ines Gil
Ines Gil est Journaliste freelance basée à Beyrouth, Liban.
Elle a auparavant travaillé comme Journaliste pendant deux ans en Israël et dans les territoires palestiniens.
Diplômée d’un Master 2 Journalisme et enjeux internationaux, à Sciences Po Aix et à l’EJCAM, elle a effectué 6 mois de stage à LCI.
Auparavant, elle a travaillé en Irak comme Journaliste et a réalisé un Master en Relations Internationales à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth, Liban).
Elle a également réalisé un stage auprès d’Amnesty International, à Tel Aviv, durant 6 mois et a été Déléguée adjointe Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’Institut Open Diplomacy de 2015 à 2016.
Albin Szakola
Albin Szakola est ancien journaliste d’investigation à l’Orient Today et ancien analyste senior chez Kharon Data.
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