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Elie Barnavi, Aujourd’hui ou peut-être jamais, pour une paix américaine au Proche-Orient

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin
Publié le 17/03/2010 • modifié le 25/04/2020 • Durée de lecture : 8 minutes

Elie Barnavi débute son récit par un rappel historique des événements du conflit israélo-arabe. Il rappelle que cette guerre de « cent ans » trouve ses origines dans la question des « mouvements nationaux » sioniste et arabe. Le sionisme, qui veut la création d’un Etat juif en Palestine et le retour des populations sur leur terre d’origine, est influencé par les idées nationalistes européennes du XIXème siècle. Le sionisme est également marqué par sa diversité et regroupe des hommes de droite et de gauche. Au final, concrétisant la volonté des sionistes, l’Etat d’Israël est créé le 14 mai 1948. L’auteur souligne que malgré l’aboutissement des objectifs du sionisme par la création d’un Etat, ce mouvement s’est heurté d’une part au nationalisme arabe et à la Shoah et d’autre part à l’état de guerre avec les Etats arabes voisins. Le nationalisme arabe quant à lui se développe également en Palestine ottomane, puis en Palestine sous mandat britannique. Elie Barnavi rappelle à cet égard le contexte dans lequel s’est formée la Palestine mandataire : royaume promis au chérif Hussein de la Mecque lors de la Première Guerre mondiale, accords Sykes-Picot de 1916, création d’un foyer national juif en 1917, création de la Transjordanie à l’issue du conflit mondial.

En 1939, la commission britannique Peel propose le partage de la Palestine en deux entités, l’une juive et l’autre arabe. En 1947, l’ONU reprend cette proposition et vote la création de deux Etats. Le plan de l’ONU est rejeté par les Arabes et accepté par les juifs. S’en suit la première guerre israélo-arabe, à l’issue de laquelle l’Etat hébreu agrandit son territoire national sur la partie arabe, entrainant l’exil des populations palestiniennes. C’est dans ce contexte que se développe l’entité nationale palestinienne. Mais en dépit des efforts diplomatiques entrepris, l’état de guerre se poursuit. Les raisons avancées par l’auteur sont : la guerre froide, qui a entretenu les rivalités entre les puissances ; le refus arabe de la création d’un Etat juif dans une région musulmane (hormis les initiatives du roi Abdallah de Transjordanie, qui a d’ailleurs été assassiné pour sa politique de paix), ayant pour conséquence de canaliser les divisions arabes autour de la question de la Palestine et de la présence d’Israël ; utilisation de la force par Israël, convaincu que ce seul moyen pouvait lui permettre de subsister, car avant la guerre de 1967, il n’avait rien a offrir en échange aux Etats arabe. Elie Barvavi explique en effet que la prise de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et de la vieille ville de Jérusalem à la suite de la guerre des six jours sont pour Israël le moyen de monnayer son existence. Suivent la colonisation juive dans les territoires occupés, la première et la deuxième intifada et l’arrivée du Hamas au pouvoir. Pour l’auteur, face à la persistance du conflit, « la solution existe », c’est celle du partage, qu’il appartient de mettre en œuvre.

Elie Barnavi évoque dans une seconde partie les différentes étapes du processus de paix, mais qui se sont soldées par des échecs.
Les accords de Camp David, comme les accords d’Oslo, voient l’implication des Etats-Unis dans les initiatives régionales lancées tant par le président égyptien Sadate, que par des intellectuels israéliens et palestiniens. L’auteur analyse les raisons de l’échec des accords d’Oslo. Pour lui, les textes (Déclaration de principe signée le 13 septembre 1993, Accord de Jéricho-Gaza du 4 mai 1994, Accord de Taba du 28 septembre 1995), ainsi que les objectifs énoncés manquent de clarté. Enfin, la mise en place des accords n’a pas été contrôlée par les instances internationales, suite au refus des Israéliens. Deux difficultés majeures ont rendu impossible la mise en application des accords d’Oslo, alors qu’ils en demandaient explicitement la fin : le terrorisme et la colonisation. L’auteur remet également en cause les actions des responsables politiques, tant palestiniens qu’israéliens, qui n’ont pu mettre en œuvre les accords, voire même les ont enterrés.

L’auteur relate ensuite les initiatives de paix menées à l’initiative américaine. A la suite des accords d’Oslo, une autre tentative suit : celle de « Camp David 2 », initiée par le président Clinton, en juillet 2000. L’auteur explique les raisons de ce nouvel échec, notamment les objectifs divergents entre les deux protagonistes, Ehud Barak et Yasser Arafat, et les incompréhensions entre les deux hommes. Le président Clinton, alors que son successeur George W. Bush vient d’être élu et prendra ses fonctions en janvier 2001, tente alors le tout pour le tout et organise une nouvelle rencontre avec Barak et Arafat. Il fait une proposition en quatre points (frontières, capitale Jérusalem, retour des réfugiés et sécurité) mais les calendriers électoraux, tant américain qu’israélien, ne laissent aucune chance aux propositions de Clinton, qui se soldent par un échec.

Puis la seconde intifada est déclenchée, prenant le pas sur les initiatives diplomatiques, ainsi que sur la création de l’Etat palestinien, pourtant revendiquée en 1988 lors du XIXème Conseil national palestinien. L’élection d’Ariel Sharon en mars 2001, en pleine intifada, marque un nouveau tournant de la politique israélienne, notamment sa décision d’évacuer toutes les colonies israéliennes de la Bande de Gaza.

En 2007, George W. Bush organise à son tour la conférence d’Annapolis, afin de relancer le processus de paix. L’auteur rappelle que, comme pour « Camp David 2 », Annapolis est organisé à la fin du mandat de Bush. Les représentants israélien et palestinien, Olmert et Abbas, connaissent également un essoufflement dans leur politique intérieure. « On a donc fait mine de négocier » analyse Elie Barnavi, ajoutant que tous les acteurs avaient pourtant le sincère désir de parvenir à la signature d’un traité de paix.

Après avoir fait le constat des échecs du processus de paix, Elie Barnavi s’interroge dans une troisième partie sur leurs causes. Il analyse les divergences et les rivalités qui opposent les Etats arabes, notamment entre sunnites et chiites, mais il explique que le jeu des rivalités comme celui des alliances n’est pas si tranché et qu’il doit être nuancé. Elie Barnavi expose ensuite le rôle régional de la Syrie, en particulier ses liens avec le Hezbollah au Liban, avec le Hamas en Palestine, avec l’Irak et avec l’Iran. Les relations de la Syrie avec ses voisins valent au président Bachar el-Assad d’être « courtisé » par les responsables politique du monde entier, afin qu’il sorte de l’orbite iranienne. Le but ultime serait également le règlement de la question du Golan, entre la Syrie et Israël. Concernant le Liban, l’auteur rappelle que les élections de juin 2009 ont porté au pouvoir le mouvement de la coalition du 14 mars, alors que le Hezbollah, contre toute attente, n’est pas élu. L’auteur y voit les effets de la diplomatie américaine, notamment sur la Syrie. Il n’en demeure pas moins que le Hezbollah reste une force politique très prégnante, en dépit des pressions internationales. L’Iran est quant à lui analysé au regard des élections du 12 juin 2009, de la victoire du président sortant Ahmadinejad et des manifestations de l’opposition qui ont suivi. Concernant la politique régionale de l’Iran, l’auteur donne des clés de lecture sur ses relations avec les Etats voisins. Avec Israël, « la haine » de l’Iran à son encontre est d’ordre du religieux. Avec les autres Etats de la région, l’Iran trouve des soutiens tant dans les communautés chiites que sunnites. Il se penche ensuite sur la question du nucléaire iranien et s’interroge sur les raisons (hégémonie politique, régionale et religieuse), qui poussent l’Iran à se doter de l’arme nucléaire. Face à la menace d’un Iran nucléarisé, les solutions mises en place par la communauté internationale ont été et sont les sanctions économiques et les négociations, mais elles ne sont pas efficaces. Reste l’intervention militaire, par le bombardement des installations nucléaires, mais qui pourrait engendrer les représailles économiques de l’Iran et celles de ses alliés sunnites et chiites du monde arabe et musulman. Pour l’auteur, la solution du compromis, proposée par les Etats-Unis (enrichissement de l’uranium mais pas de fabrication des armes nucléaires) semble au final la plus adaptée.

Elie Barnavi se penche également sur ce qu’il appelle le « premier cercle », c’est-à-dire sur les Palestiniens et sur les Israéliens, acteurs du conflit qui a débuté en 1948. Concernant l’Autorité palestinienne, constituée par le Fatah, il rappelle qu’elle est née à la suite des accords d’Oslo en 1993 et qu’elle n’a, jusqu’à ce jour, pas réussi à trouver de solution au conflit, jusqu’à parvenir à la situation actuelle du double gouvernement – Autorité palestinienne, Hamas – et de la guerre inter-palestinienne entre Fatah et Hamas. Les relations entre le Hamas et Israël sont également décrites, au regard de l’idéologie du Hamas concernant l’existence d’Israël et de la guerre de l’hiver 2008-2009 par laquelle Israël a riposté aux lancements de roquettes sur son territoire. Au final, face à ces faits, l’analyse d’Elie Barnavi est qu’il ne faut pas discuter avec le Hamas, qu’il faut qu’Israël redonne à l’Autorité palestinienne son assise politique par la réouverture de la Cisjordanie, enfin que Hamas et Fatah se réconcilient, les deux parties étant conscientes de cette nécessité, même si leurs relations sont « exécrables » depuis 2007. Quant à Israël, sa récente création et ses réalisations démocratiques, politiques et économiques sont un « succès », néanmoins nuancé par Elie Barnavi (difficultés dans l’éducation, les universités, la classe politique, presse peu diversifiée). Les raisons de ces difficultés étant l’évolution de la société israélienne, renforcé par le système électoral à la proportionnelle qui n’a pas permis la formation de gouvernements stables à partir des années 1990, ainsi que l’occupation par Israël des territoires palestiniens (qui ternit son image et coûte cher à l’Etat) et surtout la mise en place des colonies, obstacle à la paix. En 2001, l’Américain Mitchell avait déjà demandé dans son rapport le gel des colonies israéliennes. Aujourd’hui, il est l’envoyé du président Obama au Moyen-Orient.

Dans sa quatrième partie, Elie Barnavi se penche sur la nécessité de l’implication américaine afin de parvenir à la paix et afin de pallier à la faiblesse des gouvernements en place. Revenant sur la nécessité de créer deux Etats, sur la base de la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, et sur les occasions ratées d’y parvenir, notamment à l’issue de la guerre des six jours, Elie Barnavi relate les évolutions des différents acteurs sur cette idée émise dès 1937 par la commission britannique venue enquêter en Palestine mandataire. Il analyse plus particulièrement les interventions et négociations des Premiers ministres Olmert et Netanyahou. Elie Barnavi en vient ensuite au cœur de la problématique de son ouvrage : l’intervention du président Obama. Il rappelle également, dans ce contexte, que les liens ont été tissés entre les Etats-Unis et Israël depuis 40 ans, c’est-à-dire depuis l’administration Johnson, dans les domaines économique, militaire et diplomatique. L’élection d’Obama s’est produite dans un contexte de crise économique mondiale, de conflit en Irak et en Afghanistan, de terrorisme et de menace nucléaire en Iran et en Corée du Nord. Pour l’auteur, face à ces nombreux défis, Obama aurait pu s’atteler à ceux de « l’économie nationale et les conflits à haute intensité », mais il a décidé, dès le début de son mandat, de se pencher sur le Moyen-Orient, dont la situation est interconnectée avec les autres défis. Ses actes sont parlants : voyages à Riyad et au Caire, discours à l’université du Caire, rencontre avec Abdallah de Jordanie à Washington. Ses décisions aussi : demande d’arrêt de la colonisation juive et du démantèlement des colonies, cette question étant pour lui la raison de l’échec du processus de paix. En parallèle, le président Obama rappelle les liens qui unissent les Etats-Unis et Israël et demande que son existence soit reconnue.

Dans une cinquième partie, Elie Barnavi expose les huit points qui permettraient de parvenir à la paix : proclamer l’Etat palestinien, préalable à toute négociation ; mise en place d’une aide internationale dans le nouvel Etat et à sa demande, afin de l’aider à la reconstruction ; résolution, en cours, des questions territoriales ; résolution de la question de Jérusalem ; de celle des réfugiés ; Etat palestinien souverain ; question de la sécurité d’Israël ; paix avec la Syrie (rétrocession du Golan et fin de l’axe Iran-Syrie-Hamas-Hezbollah).

Dans sa conclusion, Elie Barnavi écrit une lettre au président Obama, dans laquelle il explique les raisons de son livre et de son appel pour que la paix devienne une réalité au Moyen-Orient.

Elie BARNAVI, Aujourd’hui ou peut-être jamais, pour une paix américaine au Proche-Orient, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2009, 181 pages.

Publié le 17/03/2010


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


 


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