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Entretien avec Daniel Meier – Le Liban et l’Etat islamique

Par Daniel Meier, Mathilde Rouxel
Publié le 30/08/2017 • modifié le 15/01/2021 • Durée de lecture : 3 minutes

Daniel Meier

L’armée libanaise a récemment lancé une offensive contre l’organisation État Islamique et progresse dans les jurds d’al-Qaa et de Ras Baalbek. Comment pourriez-vous résumer la situation et expliquer les enjeux d’une telle bataille pour l’État libanais ?

Cette offensive se situe dans le prolongement d’une réponse forte que l’Etat libanais a voulu apporter afin de mettre la pression sur les combattants de l’EI pour pouvoir obtenir des réponses quant au sort des 9 soldats libanais encore captifs du groupe jihadiste et ce depuis 2014. Au-delà, l’opération "Aube du Jurd" lancée par l’armée libanaise est aussi une tentative pour l’Etat libanais de reprendre l’initiative sur un dossier sur lequel il a été rapidement dépassé par le nombre de combattants jihadistes d’un côté et par l’interventionnisme militaire du Hezbollah de l’autre. En ce sens, l’armée libanaise aux yeux de certains Libanais a fait la preuve avec la réussite de cette opération dans le Jurd d’Ersal, que sa capacité militaire n’avait rien à envier à celle du Hezbollah.

Dans la lutte des forces armées libanaises contre l’État Islamique, on parle beaucoup d’un « double jeu » voire d’« ingérance » de la part du Hezbollah. Pourquoi ?

L’Etat islamique est depuis le départ le meilleur épouvantail dont pouvait rêver le régime syrien pour justifier de la violence de la répression. Pour le Hezbollah, dans le prolongement de cette logique stratégique, l’Etat islamique lui a servi de faire-valoir en permettant au parti de Dieu d’intervenir militairement dans le Qalamoun et le Jurd d’Ersal pour combattre et repousser les jihadistes. Cela lui a également permis de mettre dans le même sac, celui du label infamant de "takfiristes" les intégristes jihadistes et les résistants de l’Armée Syrienne Libre qui ont utilisé dès le début du conflit en Syrie ce territoire comme zone de refuge et de passage. La bataille de Qussayr en avril-mai 2013 avait du reste été pensée par le régime syrien et le Hezbollah comme un moyen de faire sauter un verrou en coupant les liens entre l’hinterland syrien insurgé et la zone frontalière libano-syrienne du Qalamoun de façon à sécuriser une profondeur stratégique pour le régime de Damas.

Pouvez-vous rappeler quelle a été la place occupée par le Hezbollah dans la lutte contre les djihadistes à la frontière syrienne avant la récente intervention de l’armée libanaise ?

La prise d’otages des soldats de l’armée libanaise à l’été 2014 a sensiblement affaibli l’image de l’Armée sur le moment. Le Hezbollah s’est engouffré dans la brèche et a occupé le terrain en se livrant à une guerre d’usure avec les jihadistes, notamment en raison de sa connaissance du terrain. La bataille du Qalamoun en 2015 a permis au Hezbollah de redorer son blason au niveau national en montrant qu’il protégeait les frontières du Liban sur son flanc Est et en était alors le garant ultime. L’expérience et les succès remportés à la frontière Sud viennent ici apporter du crédit à cette mission de défense du territoire et ont rendu un peu plus légitime son action sur cette frontière.

D’un point de vue de politique intérieure, quels sont les intérêts du Hezbollah à rester dans cette bataille contre l’État islamique ?

Avec la lutte contre les "takfiristes" de l’Etat islamique et la défense du territoire et des frontières de l’Est du pays, on a là les meilleures cartes de légitimation pour le parti de Hassan Nasrallah illustrant de la nécessité pour le Liban de continuer à soutenir l’armement de « la résistance ». Avec la fin programmée ces jours de la présence des jihadistes, on observe un autre intérêt pour le Hezbollah : être en première ligne pour négocier à Damas un accord de reddition et de transfert des jihadistes vers Deir ez-Zor. Ainsi, dans son récent discours du 25 août dernier, le secrétaire général du parti Hassan Nasrallah a pu faire valoir le fait que toute solution aux problèmes jihadistes sur la frontière avec la Syrie nécessitait un partenariat avec la Syrie et d’appeler le gouvernement libanais a normaliser ses relations avec Bachar el-Assad.

Publié le 30/08/2017


Daniel Meier est docteur en sociologie politique et chercheur associé à l’IFPO et au CEMAM (Université Saint-Joseph, Beyrouth). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur le Liban et sur le Moyen-Orient.


Suite à des études en philosophie et en histoire de l’art et archéologie, Mathilde Rouxel a obtenu un master en études cinématographiques, qu’elle a suivi à l’ENS de Lyon et à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, Liban.
Aujourd’hui doctorante en études cinématographiques à l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle sur le thème : « Femmes, identité et révoltes politiques : créer l’image (Liban, Egypte, Tunisie, 1953-2012) », elle s’intéresse aux enjeux politiques qui lient ces trois pays et à leur position face aux révoltes des peuples qui les entourent.
Mathilde Rouxel a été et est engagée dans plusieurs actions culturelles au Liban, parmi lesquelles le Festival International du Film de la Résistance Culturelle (CRIFFL), sous la direction de Jocelyne Saab. Elle est également l’une des premières à avoir travaillé en profondeur l’œuvre de Jocelyne Saab dans sa globalité.


 


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