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Entretien avec Liliane Buccianti-Barakat – Beyrouth, de l’époque ottomane aux destructions du 4 août 2020 : quelles évolutions pour la capitale libanaise ?

Par Liliane Buccianti-Barakat, Margot Lefèvre
Publié le 04/09/2020 • modifié le 10/09/2020 • Durée de lecture : 13 minutes

Liliane Buccianti-Barakat

Pouvez-vous revenir sur la ville de Beyrouth à l’époque ottomane ?

À la fin du XVIIIème siècle et au début XIXème siècle, Beyrouth est une petite ville qui a peu d’importance dans la nomenclature administrative ottomane puisque les grandes capitales de wilaya sont Alep, Damas et Jérusalem. Les grands ports à cette époque sont Tripoli et Saïda qui était plus proche de Damas, permettant un acheminement plus rapide, sans passer par les barrières montagneuses. Beyrouth est alors un petit bourg avec un port ensablé et une population hétérogène, les quartiers ne sont pas distincts : il s’agit d’un amalgame de ruelles étroites. Cette ville est souvent affectée par de nombreuses maladies et épidémies.
Beyrouth intra muros est une cité caravanière, accessible par six portes. Les caravanes stationnaient sur ce qui est la place des Martyrs.

À partir de 1820, les puissances étrangères s’intéressent davantage au Moyen-Orient, où elles souhaitent exercer leur influence sur la Syrie, la Palestine et le Liban. Cette région est d’autant plus stratégique pour l’Empire britannique car elle se situe sur la route des Indes. Beyrouth est au centre du bassin méditerranéen oriental. Quelques maisons de commerces, des consulats ouvrent leurs portes mais cela ne marque pas profondément la ville.

L’événement déterminant pour Beyrouth est l’occupation égyptienne de Méhémet Ali qui souhaitait arracher cette région au joug ottoman et constituer un nouvel Empire. Son fils, Ibrahim Pacha, le commandant en chef des troupes égyptiennes, s’installe à Beyrouth en dehors des remparts de la ville. Il entame par la suite toute une série de travaux : tenter de mettre en place une municipalité dans la ville, creuser des canaux d’évacuation des eaux, sortir les cimetières de la ville intra-muros. Il agrandit le port, le drague et l’approfondit. Il construit également un lazaret (aujourd’hui, le quartier porte encore le nom de La Quarantaine). Son objectif est de mener une politique hygiéniste : ainsi, l’équipage des bateaux qui accostent au port de Beyrouth doit demeurer quarante jours dans le lazaret et ensuite seulement les marins peuvent débarquer leurs marchandises sur les quais. Ibrahim Pacha plante la forêt des pins, beaucoup plus étendue à l’époque, dans le but de freiner l’avancée du sable : le quartier de Hamra était alors une zone dunaire. Il donne l’autorisation à des missionnaires protestants américains d’ouvrir des écoles, une imprimerie… Ses actions avaient pour but principal d’assainir la ville et de lui donner une nouvelle image.

Cependant, cette incursion égyptienne gène considérablement les puissances étrangères qui souhaitaient contrôler cette région stratégique - carrefour entre l’Occident et l’Extrême-Orient et zone séricicole (la Palestine, la Syrie et le Liban produisent de la soie). À cette époque, au cours de la première révolution industrielle, le textile représente en effet une matière première importante, et est donc d’un intérêt stratégique pour ces puissances. Elles vont ainsi soutenir les Ottomans pour repousser les Egyptiens. En 1840, les Anglais et les Français bombardent la ville de Beyrouth et Ibrahim Pacha est arrêté et emmené en Egypte.

Cette période d’Ibrahim Pacha dure neuf ans, mais déjà en 1838-1839, une nouvelle génération de bateaux apparaît (les bateaux à vapeurs). Seuls deux ports peuvent les accueillir, Alexandrie et Beyrouth, grâce aux travaux de dragage d’Ibrahim Pacha. À partir de 1840, le port de Beyrouth devient un lieu stratégique, le second plus grand port de la région.

Au début du siècle, la population de la ville de Beyrouth avoisinait 4 000 à 5 000 habitants, en 1889, elle dépasse les 90 000 habitants. En 1842, elle remplace et Acre et devient un pachalik, en 1864 un sandjak, et en 1888 la capitale d’une wilaya s’étendant de Lattaquié en Syrie jusqu’à Saint Jean d’Acre en Palestine, excluant la montagne faisant alors partie du petit Liban autonome, fondé en 1861.

Un afflux de sociétés se produit alors : en 1842, les frères de Portalis ouvrent la première filature de soie dans la montagne libanaise ; en 1875, on compte 220 filatures. Il s’agit donc d’une petite révolution industrielle. Une partie de cette soie était acheminée vers le port de Beyrouth et l’autre partie vers le port de la montagne libanaise, qui était Jounieh.

Les négociants libanais, qu’ils soient sunnites, chrétiens, grecs orthodoxes… saisissent l’occasion d’établir une liaison avec l’Occident et forment la bourgeoisie très riche de Beyrouth. En parallèle, une multitude d’écoles ouvre dans la région, françaises, italiennes, russes, allemandes… Nous assistons par conséquent à une forme d’européanisation d’une certaine catégorie de la société beyrouthine. Ces grandes familles sortent des remparts de la ville et construisent des palais et demeures sur les collines qui l’entourent, et de nouveaux quartiers naissent : Zoukak el-Blat, Rmeil, Sursock,… Il s’agit alors d’une société tournée vers l’Occident mais qui représente le lien entre l’Empire ottoman et les puissances européennes.

À partir de 1878, Beyrouth devient la ville des tanzimat, la ville de toutes les grandes réformes, et représente la vitrine de la modernité de l’Empire. Les Ottomans veulent prouver la modernité de leur empire : ils construisent alors les places, les fontaines, les nouveaux souks, la gare… Dans les années 1880, plusieurs orientalistes visitent Beyrouth et parlent de la « Nice de l’Orient ». Grâce aux croisières, plusieurs Européens visitent Beyrouth et ses alentours.

Cette période ottomane s’achève avec la Première Guerre mondiale pendant laquelle les Ottomans s’allient aux Allemands. En 1915, les autorités ottomanes provoquent une famine en mettant la main sur tous les silos et les provisions afin d’alimenter leurs troupes. Une invasion de sauterelles détruit les futures récoltes et une épidémie de typhus frappe également la population libanaise. Le Liban perd alors près d’un tiers de sa population.

Durant cette même période, le Wali Azmi Bey qui dirigeait les troupes ottomanes se lance dans un plan de reconstruction du vieux noyau beyrouthin autour du port pour assainir la ville en raison de l’épidémie de typhus. Mais son objectif était militaire car deux voies ont été percées, l’une pour l’acheminement des troupes et l’autre pour celui des marchandises. Il avait déjà saisi des biens waqf (des biens religieux) et d’autres propriétés aux grandes familles de Beyrouth qui investissaient dans l’aménagement de la ville.

La bataille de Moudros met fin à l’Empire ottoman. En 1918, le général Gouraud défile sur la place al-Hamidiyé (connue aujourd’hui sous le nom place des Martyrs). Lorsqu’ils arrivent, la priorité des Français est de remettre en fonctionnement le port de Beyrouth.

Quelles évolutions connaît Beyrouth sous le mandat français (1920-1943) ?

Lorsque le mandat français est instauré en 1920, le port de Beyrouth est opérationnel. À cette même époque, Beyrouth reçoit le flot de rescapés du génocide arménien. Selon l’article 30 du Traité de Lausanne, ces populations sont nationalisées et constituent le quartier arménien de Bourj Hammoud.

Les Français se lancent aussi dans un plan de reconstruction de la ville et reprennent le plan établi par les Ottomans en 1915. Ils ont voulu recréer une place de l’Étoile à l’image de l’Arc de Triomphe à Paris. Certaines branches n’ont pu être réalisées car elles passaient par des biens waqf saisis à l’époque par l’Empire. Mais les autorités mandataires vont devoir rendre ces terrains aux communautés religieuses et aux grandes familles.

Cependant, une grande partie du vieux noyau historique de Beyrouth va être détruit, et de nouveaux bâtiments de couleur ocre émergent ; ce secteur sera restauré lors de la reconstruction du centre-ville par Solidere.

La municipalité de Beyrouth qui se dresse aujourd’hui en plein cœur du centre-ville est le résultat d’un concours d’architecture. C’est Youssef Aftimos qui a remporté la construction de cette municipalité, qui ressemble davantage à un ksar de type marocain qu’à l’architecture libanaise. Les couleurs ocre choisies dans la ville rappellent le Maghreb à l’époque coloniale et non les habitations traditionnelles de Beyrouth.

Par la suite, les autorités, souhaitant maitriser la croissance urbaine de Beyrouth, font appel à la société Danger frères et fils, qui avaient déjà aménagé trois villes en Algérie (Oran, Constantine, Bône). Ils se rendent donc à Beyrouth en 1930 pour y faire des relevés, et présentent en 1933 un plan d’aménagement et d’embellissement de la ville qui n’a cependant pas convaincu la municipalité, car il s’agissait d’un plan entaché d’un romantisme néocolonial, une politique très hygiéniste avec une zone industrielle, une cité jardin pour les ouvriers. Ces éléments ne sont pas propres à la vie libanaise et aux Libanais. Ils se sont très vite heurtés à la question du financement du plan : la municipalité n’en avait pas les moyens et la France dans les années 1930 passe par une période troublée et nous assistons à un durcissement de ton. Le plan est finalement abandonné.

En 1940, Michel Écochard, alors en charge de la Commission urbaine pour la ville de Damas, est dépêché à Beyrouth pour réfléchir à un plan d’aménagement. Ce dernier est présenté en 1942, mais il ne sera jamais appliqué car le Liban devient indépendant l’année suivante. Michel Écochard continue cependant à travailler au Liban et en 1963, il présente un nouveau plan qui, à l’époque, est partiellement adapté. Cependant, au terme de la guerre, beaucoup d’aménagements d’infrastructures se sont inspirés du plan Ecochard (aéroport, route Beyrouth-Damas, agrandissement de l’autoroute de Jounieh).

Comment évolue la ville de Beyrouth dans les années 1950-1960 ?

Beyrouth connait une phase de prospérité économique après son indépendance. En 1950, la rupture douanière syro-libanaise est abolie : le Liban opte pour une politique de libre-échange alors que la Syrie est davantage protectionniste. Une série d’événements renforce la place du Liban au Moyen-Orient. En 1948, la création de l’État d’Israël élimine le concurrent direct de Beyrouth qui est Haifa ; l’oléoduc de la Tap-line d’Arabie saoudite débouche à Saïda. Les révolutions en Syrie, en Egypte et en Irak bouleversent la région, et Beyrouth devient alors un havre de liberté d’expression. De plus, la communauté alépine riche fuit les nationalisations en Syrie, s’installe à Beyrouth et investit au Liban. À partir de 1956, le secret bancaire est voté pour attirer les pétrodollars des pays du Golfe, et le Liban devient la Suisse de l’Orient. Finalement, Beyrouth est également la porte d’entrée nécessaire pour correspondre et communiquer avec ces nouveaux États du Golfe. De nombreux Libanais s’y installent, tels que Rafic Hariri et Issam Fares, et y font fortune.

Beyrouth vit alors une grande période d’afflux financiers et touristiques, elle connaît un grand foisonnement culturel. Tous les événements européens ou mondiaux se font à Beyrouth : l’élection de Miss Europe, le bal des petits lits blanc, en 1973 Miss Univers est libanaise… Le Liban est alors au summum de sa gloire.

Cependant à partir de 1969, le président Charles Hélou, sous la pression des Arabes, signe les accords du Caire qui accordent l’autodétermination dans les camps palestiniens. L’armée libanaise ne peut donc plus y pénétrer. En 1970 a lieu Septembre noir en Jordanie. À cette époque, expulsé d’Amman, Yasser Arafat installe le siège de l’OLP à Beyrouth et renforce militairement les camps. À partir de 1973, plusieurs barrages armés sont installés à proximité des camps. Les Palestiniens sont de plus en plus présents dans les rues, sans oublier les attaques sur le territoire israélien à partir du Liban sud. Cette situation inquiète les partis politiques chrétiens. L’incident du 13 avril a été, parmi d’autres, le point de départ de la guerre au Liban qui a duré 15 ans.

Il faut comprendre que la prospérité qui touchait Beyrouth ne concernait pas l’ensemble du pays. Au cœur de Beyrouth se trouvaient des quartiers pauvres et des bidonvilles comme Aïn el-Remmaneh, la Quarantaine, les camps palestiniens. Lorsque la guerre a éclaté en banlieue, les combats se sont immédiatement transférés vers le centre-ville.

Qu’en est-il pendant la guerre civile ?

Au début de la guerre, il n’y avait pas de ligne de démarcation. Cette ligne s’est mise en place à partir de la seconde phase de la guerre. La première phase était constituée de combats entre les Palestiniens, les mouvements musulmans et les partis chrétiens qui ont fait appel aux Syriens pour venir déloger l’OLP. Yasser Arafat a alors été chassé de Beyrouth et s’est installé à Tripoli, au Liban nord. Le centre ville de Beyrouth avait été pillé mais les destructions étaient mineures. Fin 1976, les commerçants sont descendus dans le centre pour restaurer leurs boutiques et entreprises. Mais les Syriens n’ont pas voulu quitter le territoire et le camp chrétien leur a déclaré la guerre. Les assassinats de Kamal Joumblatt et de Tony Frangié vont relancer les combats. Le territoire libanais va être divisé en cantons et plusieurs lignes de démarcations deviennent de nouvelles frontières. Ce sera l’image du Liban pendant pratiquement treize ans.

Les bombardements aveugles étaient plus étendus et meurtriers - on parlait alors de « rounds » - et les destructions affectaient l’ensemble du pays. Les Syriens occupaient les sommets de la montagne et tiraient sur le canton chrétien. Les Forces Libanaises elles-mêmes tiraient sur les régions contrôlées par les milices musulmanes. En 1989, les accords de Taëf ont été signés et en 1990, les soldats syriens ont occupé l’ensemble du pays mettant un terme à la guerre.

Tous les Partis politiques ont été démilitarisés à l’exception du Hezbollah qui menait une guerre de libération du Liban contre Israël. L’entrepreneur libano-saoudien Rafic Hariri a été nommé Premier ministre. Il était inconnu du monde politique mais sa fondation avait distribué des bourses d’études à des milliers de jeunes libanais, avait envoyé des denrées alimentaires etc. Fils de paysan, né à Saïda et élève à l’école publique, il représentait le héros national, celui qui avait réussi. Il a constitué le premier gouvernement d’après-guerre et a lancé le plan Horizon 2000, un plan de reconstruction du Liban. Le projet phare était la reconstruction du centre-ville, qui a toujours été le leitmotiv durant la guerre. Cet immense chantier a été confié à une société foncière et d’exploitation immobilière privée, Solidere (Société Libanaise de Reconstruction).

Déjà en 1989, Rafic Hariri avait commandité l’architecte Henri Eddé pour réfléchir à un plan de reconstruction du centre-ville de Beyrouth, qui sera présenté en 1991. Mais les Libanais se sont opposé à ce plan, souhaitant une ville reconstruite à l’identique. La société privée sera fondée en 1994, mais les travaux de destruction du centre-ville entamés dès fin 1991. 140 000 ayant-droits ont constitué une Association afin de s’opposer à la mainmise sur leurs propriétés. 83% du bâti du centre-ville a été rasé, seul a été réhabilité le secteur construit sous le Mandat français. Le premier noyau de logements à avoir été construit est Saifi village, qui voulait donner une image de ce que devait être la future reconstruction du centre-ville de Beyrouth, mais il s’agissait d’un leurre car par la suite, des tours ont été construites. Avant la guerre, le mètre carré s’évaluait à près de 2 000 dollars, il a été évalué à 400 dollars après celle-ci.

La reconstruction du centre-ville s’est achevée début 2000, mais le périmètre est resté désert, les touristes et les ressortissants arabes ne venant pas au Liban en raison des deux occupations militaires, les Israéliens au Sud et les Syriens sur l’ensemble du territoire libanais. En 2000, les Israéliens se sont retirés du Sud. De nouveaux investisseurs occidentaux et arabes se sont peu à peu s’intéressés au centre-ville de Beyrouth. Dans les enquêtes que j’ai menées dans le centre-ville, Beyrouth était, pour les ressortissants du Golfe, « la ville occidentale qui parlait arabe ».

Le Liban restera sous protectorat syrien jusqu’à l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005. En 2006, Israël fait la guerre au Hezbollah et détruit les infrastructures du pays et de la banlieue Sud de Beyrouth. Au terme de 33 jours, un cessez-le-feu est signé et la diaspora libanaise et les pays arabes investissent dans la reconstruction du Liban. De 2007 à 2012, le Liban traverse une période prospérité et d’essor touristique. Mais le déclenchement de la guerre en Syrie en 2012, et l’implication du Hezbollah dans les combats auprès des troupes de Bachar el-Assad, vont amener le Conseil du Golfe à voter un blocus sur le Liban, et à ne plus y investir ou à le visiter.

Au cours des 30 dernières années, la classe politique a pillé le pays et l’a mené à la situation dramatique que traverse le Liban : crise économique et financière, restrictions bancaires sur les dépôts, la dégradation de la Livre libanaise qui a perdu près de 80 % de sa valeur, érosion de la classe moyenne, paupérisation accélérée (55% de la population libanaise est pauvre).

Pouvez-vous revenir sur les destructions et les reconstructions envisagées, liées à l’explosion du 4 août à Beyrouth ?

Le 4 août à 18 heures, une double explosion suite à un incendie au port de Beyrouth souffle le silo de blé, les entrepôts et les quartiers alentours sur un périmètre de plus de 20 km. Les destructions sont considérables.

Actuellement, deux actions sont menées : selon l’inventaire établi par la Fédération des Ingénieurs et des Architectes du Liban, 40 000 bâtiments ont été endommagés ; elle estime à 20 000 les demeures qui ont besoin de vitres et de portes. Ont été répertoriées 100 demeures de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle, pouvant être reconstruites à l’identique. 40 maisons datant des années 1920-1930 ont été totalement détruites, 900 maisons très endommagées, 2 500 partiellement endommagées. Plusieurs architectes et ingénieurs libanais participent activement à la reconstruction des quartiers sinistrés.

La seconde action est menée par le Direction générale des Antiquités (DGA) soutenue par le Comité national libanais ICOMOS dont je suis la vice-présidente, par l’ICOM qui est l’Office des Nations unies en charge des musées dont la présidente est Suzy Hakimian, conservatrice du Musée MIM, le Comité international et national du Bouclier bleu, IFLA, (Fédération Internationale des Bibliothèques) et le bureau de l’UNESCO International et à Beyrouth. La DGA va prendre en charge la réhabilitation du Musée national de Beyrouth et du Musée national Sursock. Les bibliothèques universitaires et les autres musées privés tels, le Musée des Minéraux (MIM), le Musée de Préhistoire (USJ), le Musée d’Architecture de l’AUB.

La reconstruction des quartiers sinistrés n’est pas comparable à la reconstruction du centre-ville par Solidere dans les années 1990. La soudaineté, la violence du souffle et l’ampleur des destructions, le nombre de blessés et de morts, ont mobilisé tous les jeunes libanais, écoliers, universitaires, les ONG, les sociétés de bienfaisances, pour nettoyer les rues, porter secours, fournir des denrées alimentaires… Les professionnels, les enseignants universitaires ont constitué des groupes de travail afin de reconstruire au plus vite les habitations détruites.

En raison de l’hiver qui arrive, la priorité est donnée aux vitres et aux portes. La réhabilitation ou la reconstruction des logements, des façades et des toits nécessitera plus de temps.

En lien avec certains de vos écrits, nous pourrions également nous entretenir sur le tourisme et sur la convivialité à Beyrouth

Au Liban, la Thaoura (révolution) du 17 octobre 2019 a immobilisé le pays pendant plus d’un mois. Par la suite, en raison de l’épidémie de Covid-19, le pays a été confiné dès février 2020, et l’aéroport fermé jusqu’au mois de juin 2020. Le Liban est sur la liste rouge des pays à ne pas visiter pour cause du coronavirus et n’a donc reçu pratiquement aucun touriste en 2020.

D’autre part, les Libanais qui voyagent régulièrement au cours de l’année ne peuvent plus le faire parce qu’ils ne disposent plus des moyens nécessaires, en lien avec la crise économique. Le tourisme local n’existe plus dans un pays sinistré où les Libanais n’ont plus les moyens de pratiquer du tourisme : ils n’ont pas accès à leurs dépôts, le dollar est à 7 000-8 000 LL. Nous ne pouvons donc pas parler de tourisme à l’heure actuelle. Les agences de voyage sont menacées et beaucoup ont déjà fermé leurs portes.

Depuis le début du mois d’août, le nombre de personnes atteintes du Covid-19 est reparti à la hausse et le ministre de la Santé a voulu confiner à nouveau le pays. Mais les Libanais ont refusé de collaborer parce que, suite aux explosions du 4 août, la ville de Beyrouth est en reconstruction. En outre, les journaliers ont besoin de travailler pour faire vivre leurs familles et les petites entreprises, les récréatifs ont besoin d’ouvrir leurs portes pour ne pas renvoyer du personnel.

Il est évident que le Liban va connaître une nouvelle vague d’émigration de grande ampleur, les Libanais qui disposent d’une double-nationalité sont en train de partir. D’autres font la queue devant les ambassades, le Canada est la première destination. Certaines études avancent le chiffre de 350 000 personnes.

Concernant la convivialité libanaise, le Libanais sera toujours souriant, accueillant et généreux face à l’étranger et visiteur. Il restera trilingue et s’exprimera toujours avec aisance dans les 3 langues que sont l’arabe, le français et l’anglais.
Peuple extraverti et aimant la vie, le Libanais restera créatif et tourné vers la satisfaction du visiteur, lui faire découvrir les richesses de son pays mais encore faut-il que le Covid-19 le lui permette.

Publié le 04/09/2020


Après avoir obtenu une double-licence en histoire et en science politique, Margot Lefèvre a effectué un Master 1 en géopolitique et en relations internationales à l’ICP. Dans le cadre de ses travaux de recherche, elle s’intéresse à la région du Moyen-Orient et plus particulièrement au Golfe à travers un premier mémoire sur le conflit yéménite, puis un second sur l’espace maritime du Golfe et ses enjeux. Elle s’est également rendue à Beyrouth afin d’effectuer un semestre à l’Université Saint-Joseph au sein du Master d’histoire et de relations internationales.


Professeur de géographie urbaine spécialiste de la ville de Beyrouth à l’Université Saint-Joseph, Liliane Buccianti-Barakat est la vice-présidente du Comité national ICOMOS au Liban. Elle a également co-écrit avec Henri Chamussy un ouvrage publié en 2012, "Le Liban. Géographie d’un pays paradoxal".


 


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