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Entretien avec Yara El Khoury – Les conséquences de la guerre en Iran pour le Liban

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Yara El Khoury
Publié le 03/03/2026 • modifié le 03/03/2026 • Durée de lecture : 3 minutes

Yara El Khoury

Les frappes israéliennes ont touché le sud-Liban dès lundi 2 mars, à la suite de tirs de roquettes du Hezbollah sur le nord d’Israël dans la nuit de dimanche à lundi 2 mars. À ce jour, quels responsables du Hezbollah ont été tués ? Qu’en est-il des civils ?

A l’heure actuelle, nous n’avons toujours pas de réponse précise sur les responsables du Hezbollah touchés par les bombardements israéliens. Dans les heures qui ont suivi les premières frappes israéliennes, le nom d’un député Hezbollah, Mohammad Raad, a été cité, mais il s’est avéré que c’était une erreur. Pour l’heure, les informations relayées par les médias n’ont livré aucun nom. Le Hezbollah n’a publié aucun communiqué annonçant la mort de l’un de ses cadres. Israël pour sa part a annoncé que de hauts responsables étaient visés par ses frappes, mais n’a confirmé la mort d’aucune personnalité en particulier.

Pour ce qui est des victimes civiles, l’on parle à ce jour de 40 morts, 246 blessés et de 58 000 déplacés [1]. Mais les opérations israéliennes se produisant à un rythme soutenu, ces chiffres vont probablement évoluer.

Le Hezbollah a frappé le nord d’Israël, allant à l’encontre de ce que le gouvernement libanais lui avait enjoint. Pouvez-vous revenir sur les liens actuels entretenus entre le Hezbollah et le gouvernement libanais ?

Les relations entre le gouvernement libanais et le Hezbollah sont particulièrement tendues en ce moment, c’est le moins que l’on puisse dire. Le conseil des ministres réuni le lundi 2 mars a déclaré illégales les activités militaires du Hezbollah, lui enjoignant de remettre l’ensemble de son arsenal à l’armée libanaise. La branche militaire doit être par conséquent dissoute et le Hezbollah n’existera plus que comme parti politique. Le concert ministériel a été écorché par les deux ministres représentant le Hezbollah au sein du gouvernement. Les autres ministres chiites, dont ceux du Mouvement Amal, ont donné leur aval au texte. En coulisses, on dit le président du Parlement, Nabih Berri, très remonté contre son allié Hezbollah qui a de nouveau exposé le Liban à des frappes israéliennes de grande envergure, comme cela s’était déjà produit au cours de l’automne 2024. De nouveau, les populations du Liban-Sud, en majorité chiites, ont été jetées sur les routes de l’exode vers Beyrouth.

Le Hezbollah est considéré comme un proxy iranien. Alors que l’attaque débutait samedi 28 février au matin, les Iraniens ont-ils demandé au Hezbollah d’intervenir militairement contre Israël ? Le Hezbollah représente-t-il toujours une menace pour Israël, en terme d’armement, de nombre de combattants ?

On ne peut pas confirmer de manière sûre que le Hezbollah ait reçu l’ordre de Téhéran de raviver le front israélo-libanais, comme pour alléger les frappes militaires sur l’Iran. On peut d’ailleurs noter que les Houthis du Yémen, eux aussi connus pour être des proxy iraniens, restent pour l’heure étrangement calmes.

Ignorant totalement la décision du gouvernement libanais, le Hezbollah continue de frapper le nord d’Israël de manière sporadique.

Quant à la question de savoir s’il continue de poser une menace pour Israël, je voudrais partager avec vous mon incompréhension, si l’on pense notamment aux pertes qu’il a subies depuis le 8 octobre 2023. De plus, depuis la mise en application de l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, sous la surveillance d’un comité international comprenant notamment les États-Unis et la France, il a été contraint à remettre à l’armée libanaise une partie de son arsenal et il a dû se retirer de la zone frontalière et d’une partie du Liban-Sud, jusqu’au fleuve Litani. Son action échappe donc à toute rationalité.

Lire également :
 Entretien avec Yara El Khoury – Retour sur le cessez-le-feu entre Israël et le Liban

Publié le 03/03/2026


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


Yara El Khoury est Docteur en histoire, chargée de cours à l’université Saint-Joseph, chercheur associé au Cemam, Centre D’études pour le Monde arabe Moderne de l’université Saint-Joseph.
Elle est enseignante auprès de la Fondation Adyan, et consultante auprès d’ONG libanaises.


 


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