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Le temple d’Esna (4/4). Le plafond astronomique d’Esna

Par Christian Mariais
Publié le 25/06/2026 • modifié le 25/06/2026 • Durée de lecture : 4 minutes

Le long travail de nettoyage du monument a changé la vision qu’en avait Serge Sauneron et a révélé toute la beauté des reliefs qui étaient précédemment sous une épaisse couche de crasse et difficilement lisible. Ce plafond dit « astronomique » est réparti dans les six travées du plafond : trois à gauche de l’allée centrale avec les signes du zodiaque, trois à droite. La disposition est classique, identique à Dendérah par exemple.
Six travées sont réparties, au nord et au sud, de part et d’autre de la grande travée, qui marque l’axe de la course solaire.

Travée A. Crédits photos : Christian Mariais
Travée A. Crédits photos : Christian Mariais

Travée A : Représentation du cycle lunaire (lune croissante et décroissante). Des divinités lunaires debout sur des disques, avec phases de la lune ; souvent associée à des décans ou étoiles horaires pour le temps nocturne.

Travée B. Crédits photos : Christian Mariais
Travée B. Crédits photos : Christian Mariais

Travée B : Les décans. 36 figures stellaires ou constellations chronométriques égyptiennes classiques et constellations traditionnelles comme Mesekhtiou (patte de taureau, la Grande Ourse), Sah (Orion-Osiris) et Sothis (Sirius-Isis). Thème du temps nocturne et de la mesure des heures.

Travée C. Crédits photos : Christian Mariais
Travée C. Crédits photos : Christian Mariais

Travée C : Course diurne du soleil (barque solaire diurne ou aspects du cycle solaire) ; disques ailés, barques, renouvellement cosmique.

Travée D. Crédits photos : Christian Mariais
Travée D. Crédits photos : Christian Mariais

Travée D : Course nocturne du soleil (suite ou aspect nocturne) ou complément lunaire ; souvent symétrique à la travée C, avec barques et disques solaires/lunaires.

Travée E. Crédits photos : Christian Mariais
Travée E. Crédits photos : Christian Mariais

Travée E : Le zodiaque gréco-babylonien le plus complet : les 12 signes (Bélier à Poissons) dans une version égyptianisée (ex. Sagittaire comme archer divinisé, Scorpion avec aspects locaux). C’est ici que le zodiaque est le mieux préservé et coloré.

Travée F. Crédits photos : Christian Mariais
Travée F. Crédits photos : Christian Mariais

Travée F : les deux Nout symbolisant les deux horizons enserrent plus de trente images célestes derrière leurs habituels conducteurs, Sah et Sepedet, c’est-à-dire Orion et Sirius. On y trouve des planètes sous formes divines égyptiennes comme « Horus-le-limiteur » pour Jupiter, « Horus-taureau » pour Saturne, « Horus-le-Rouge » pour Mars et des créatures hybrides fantastiques (serpents ailés, oiseaux à tête de crocodile, êtres à multiples ailes/queues).
 
L’ensemble de ces représentations célestes semble donc correspondre à plusieurs images différentes du ciel, tour à tour visuelles ou synthétiques.
 
Travée centrale : Très différente des six travées latérales, elle ne représente pas directement des éléments astronomiques comme les décans, le zodiaque ou les planètes, mais elle forme l’axe symbolique principal du ciel représenté. Elle est composée de 46 figures ailées majestueuses, disposées en deux rangées. Ces figures alternent entre : Nekhbet : déesse vautour de Haute-Égypte (tête de vautour, couronne blanche de Haute-Égypte) et Ouadjet : déesse cobra de Basse-Égypte (tête de cobra, couronne rouge de Basse-Égypte).

Travée centrale. Crédits photos : Christian Mariais
Travée centrale. Crédits photos : Christian Mariais

Les deux déesses sont représentées sous forme de vautours aux ailes déployées comme si elles couvraient et protégeaient l’ensemble du ciel et du temple. Elles sont peintes en couleurs vives : bleu ciel pour le fond, rouge-orange pour les couronnes, vert-noir pour les détails des têtes, plumes en ocre-jaune-or. L’effet est spectaculaire depuis le nettoyage, avec des détails fins révélés, comme les textures des plumes ou les hiéroglyphes associés. Cette travée centrale symbolise l’union des Deux Terres (Haute et Basse-Égypte) sous la protection divine, un thème fondamental dans l’architecture sacrée égyptienne et par extension l’union du ciel nocturne-diurne représenté dans les travées latérales. Des hiéroglyphes et inscriptions (souvent en rouge/noir) accompagnent les figures, avec des épithètes des déesses et des formules de protection cosmique.
 
Conclusion
 
Le temple d’Esna conserve le seul rituel sacerdotal complet et très détaillé connu de l’Égypte ancienne, et il est majoritairement inscrit sur les colonnes. Esna se distingue donc vraiment par ce choix : les colonnes deviennent presque un livre géant, ce qui est qualifié d’absolument exceptionnel par les égyptologues. Dans la grande majorité des temples égyptiens (Nouveau Empire, période ptolémaïque ou romaine), les inscriptions hiéroglyphiques longues (hymnes, litanies, descriptions rituelles détaillées, mythes cosmogoniques) se trouvent principalement sur les murs (intérieurs et extérieurs), les architraves, les plafonds et les portes. Les colonnes portent principalement des scènes d’offrandes ou d’adoration. C’est en grande partie l’inverse à Esna.
 
Nous disposons ici des seuls témoignages de quelque envergure dont l’on puisse disposer sur l’épigraphie et l’orthographe hiéroglyphique au second siècle de notre ère. En effet, même si le texte égyptien le plus récent qui ait été inscrit en hiéroglyphes et qui nous soit parvenu date du 24 août 394 ap. J.C et se trouve sur l’île de Philæ, il ne s’agit en fait que d’un simple graffito. Il est en revanche exceptionnel de trouver de longs textes hiéroglyphiques postérieurs au Ier siècle de notre ère. C’est ce que qu’offre le temple d’Esna. Ses inscriptions sont les témoins ultimes de l’écriture hiéroglyphique.
 
Comme l’a montré Serge Sauneron, les textes sont les rituels hiératiques nécessaires au culte et aux fêtes et grandes manifestations religieuses égyptiennes. Ils reproduisent selon toute probabilité les divers papyrus cultuels contenus à l’époque dans la bibliothèque sacrée d ’Esna.
 
« Ainsi, à quelques rares incertitudes près, je crois pouvoir affirmer qu’aucun des nombreux textes disparates figurant sur les colonnes de l’hypostyle d’Esna ne se trouve réellement indépendant, tous entrent dans l’exposé d’immenses rituels de fêtes, et en particulier dans celui de la fête du 1er Phaménôth, fête du soulèvement du ciel et de la création de la vie. Serge Sauneron, Esna I, page 82.

Christian Mariais, l’auteur de ce document, prépare actuellement un ouvrage avec une description détaillée du monument en réunissant l’ensemble des informations contenues dans les ouvrages de Serge Sauneron avec les découvertes les plus récentes, notamment celles permises pas les travaux réalisés par la mission germano-égyptienne.
 

Publié le 25/06/2026


Christian Mariais a effectué plus de soixante voyages en Égypte durant lesquels a pris plus de 40 000 clichés. Il est l’auteur de l’ouvrage « Les textes funéraires dans les tombes de la Vallée des Rois », qui offre une synthèse unique des textes funéraires royaux du Nouvel Empire.
Il a étudié de nombreuses tombes et publié le fruit de ses recherches sur des sites spécialisés.


 


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