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Les élections d’octobre 2010 à Bahreïn

Par Lisa Romeo
Publié le 12/11/2010 • modifié le 01/03/2018 • Durée de lecture : 2 minutes

La chambre sortante, élue en 2006, comptait déjà 17 sièges occupés par l’opposition chiite. Les élections ne font alors que confirmer son importance. On observe parallèlement un net recul des groupes islamistes sunnites. Le Forum national islamique, groupe qui découle des Frères musulmans n’obtient qu’un siège alors qu’il comptait jusqu’à présent sept députés. Le groupe Al-Assalah (salafiste) quant à lui ne conserve que quatre des cinq sièges qu’il occupait précédemment.

Ces élections sont les troisièmes depuis la promulgation de la Constitution en février 2002 qui transformait le régime en monarchie constitutionnelle et redonnait le droit de vote aux Bahreinis. Cette mesure s’inscrit dans la volonté du Cheikh Hamad ben Issa al-Khalifa d’amener le pays vers une libéralisation et une démocratisation de la vie politique en rupture avec le gouvernement autoritaire de son père auquel il succède en 1999. Il rétablit ainsi le Parlement dissout en 1975. Le roi garde cependant une bonne part du pouvoir en instaurant une Assemblée nationale bicamérale. Il nomme directement les membres d’une première chambre haute et laisse le choix des députés de la chambre basse aux ressortissants du pays, hommes ou femmes âgés de plus de 20 ans. Cette seconde chambre n’ayant aucune prééminence sur la première, a finalement des pouvoirs assez limités.

Les résultats des élections confirment l’importance des revendications chiites dans le royaume marqué par des tensions communautaires. Les chiites représentent environ 70 % des bahreïnis et souffrent d’une certaine marginalisation opérée par la dynastie sunnite régnante des al-Khalifa. Contrairement aux propos des autorités, les chiites considèrent qu’ils sont victimes de mesures discriminatoires, en matière d’emploi notamment (un jeune sur quatre est au chômage), et qu’ils sont mal représentés, la présence du mouvement al-Wefaq au Parlement n’étant plus symbolique que réelle. En effet, les principales fonctions gouvernementales restent occupées par des membres de la famille royale sunnite.

Les chefs de l’opposition accusent notamment le gouvernement de favoriser la naturalisation des sunnites pour équilibrer peu à peu les proportions démographiques en leur faveur alors qu’il est généralement extrêmement difficile d’obtenir la nationalité du pays dans un Etat du Golf. Les tensions entre les sunnites et les chiites peuvent s’expliquer par la méfiance des sunnites envers les chiites qu’ils soupçonnent de vouloir renverser la dynastie et d’être les alliés de l’Iran, principal pays chiite qui cache mal, par plusieurs déclarations ambigües, ses vues territoriales sur Bahreïn. Les tensions entre les deux communautés se traduisent par des affrontements violents avec les forces de l’ordre. De plus, le déroulement des élections la même semaine que le début du procès de 23 activistes chiites inculpés pour complot contre le régime n’a pas amélioré les relations entre les chiites et le gouvernement.

Les conflits communautaires ternissent l’image d’ouverture voulue par les autorités de Bahreïn, et ne manquent pas d’inquiéter ses puissants voisins tels que l’Arabie Saoudite. Ces tensions deviennent donc un enjeu de taille pour la politique intérieure du pays. Bahreïn reste avec le Koweït le seul Etat du Golfe à disposer d’un Parlement.

Publié le 12/11/2010


Lisa Romeo est titulaire d’un Master 2 de l’université Paris IV-Sorbonne. Elle travaille sur la politique arabe française en 1956 vue par les pays arabes. Elle a vécu aux Emirats Arabes Unis.


 


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