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Un Ottoman en Orient, Osman Hamdi Bey en Irak, 1869-1871, Textes d’Osman Hamdi Bey, Rudolf Lindau et Marie de Launay ; publiés, annotés et introduits par Edhem Eldem

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin
Publié le 29/10/2010 • modifié le 25/04/2020 • Durée de lecture : 3 minutes

Osman Hamdi Bey est le fils d’Ibrahim Edhem, officier, ayant suivi de 1830 à 1838 des études à Paris, dont trois ans à l’école des Mines. Il fut, avec trois autres, « les tout premiers sujets ottomans musulmans à avoir été envoyés en Occident pour y faire des études » : « C’était là un événement tout à fait extraordinaire, du jamais vu dans l’Empire ottoman ». Il revient à Constantinople avec le grade de colonel, devient aide de camp du sultan, général de division, puis il quitte la carrière militaire en 1856 et devient vizir, ministre des Affaires étrangères, puis grand vizir en 1877. Sur les traces de son père, Osman Hamdi est envoyé à Paris pour faire ses études en 1860, mais « il s’éloignait de plus en plus de la trajectoire qu’il eût dû suivre pour satisfaire les désirs de son père ». Il se lance en effet dans la peinture et participe à l’Exposition universelle de Paris de 1867, où il expose au pavillon ottoman. Il doit néanmoins se soumettre à la volonté de son père et rentre à Constantinople en juin 1868.

Au retour de son fils, Ibrahim Edhem décide que celui-ci poursuive son éducation et se détache ainsi de la peinture : « c’est probablement ce qui poussa le pacha à un recours assez énergique à une éducation ‘’sur le terrain’’ au côté d’un des hommes d’Etat les plus énergiques de l’élite ottomane, le célèbre Midhat Pacha ». Celui-ci travaille dans l’administration impériale, et est nommé gouverneur de la province de Nish en Serbie, puis de Vidin et de Silistrie. En 1869, il est nommé gouverneur de Bagdad. Il est probable que ce choix fut effectué par Ibrahim Edhem qui « voyait dans le poste de gouverneur à Bagdad qui venait d’être offert à Midhat Pacha une occasion rêvée de parfaire l’instruction quelque peu déficiente de son fils. Midhat Pacha s’était fait une solide réputation d’homme d’action et de bureaucrate réformateur, ce qui ne pouvait que plaire à un homme comme Edhem Pacha, si fortement imprégné des notions progressistes qu’il avait acquises lors de son séjour en Occident ». Par ce biais, Ibrahim Edhem espère préparer son fils « à la carrière administrative à laquelle (il) le destinait ». Osman Hamdi Bey quitte Constantinople pour l’Irak le 21 mars 1869. Ses lettres relatent notamment « le contexte colonial et orientalisant de l’expérience d’Osman Hamdi en Irak », ainsi que son analyse de la politique dans cette province ottomane. Les écrits politiques d’Osman Hamdi à son père sont complétés par ceux, plus humains, de Rudolf Lindau. Dans son Récits d’un effendi publié en 1896, il raconte dans cinq histoires la vie d’Osman Hamdi en Irak, sans jamais mentionner son nom, en particulier les liens entretenus par son héros avec la population locale. Ces histoire ont un point central : « tel un leitmotiv lancinant, le lecteur est sans cesse confronté à la frustrante découverte de la séparation qui finit toujours par avoir le dessus lorsque l’Orient et l’Occident tentent de se réunir ».

Lors de l’Exposition universelle de Vienne de 1873, Osman Hamdi est nommé commissaire ottoman. A cette occasion, il participe à la rédaction d’un ouvrage commandé par le gouvernement ottoman sur le costume populaire à travers l’Empire, en collaboration avec Victor-Marie de Launay, intitulé Costumes populaires de la Turquie en 1973. En 1881, il est nommé à la direction du musée impérial ottoman.

Edhem Eldem conclut sur ce personnage fascinant du XIX ème siècle ottoman : « En peinture comme en sculpture, en science comme en politique, Osman Hamdi Bey était un orientaliste, non par perversion ou par corruption (…) mais tout simplement parce qu’il faisait partie d’un monde, d’une culture, d’une élite qui voyait en Occident une supériorité dont il fallait à tout prix profiter pour réformer un Orient devenu incapable de se redresser de son état de délabrement et de dégénérescence ».

A la suite de l’introduction d’Edhem Eldem, suivent la correspondance d’Osman Hamdi Bey avec son père ; Les récits d’un effendi de Rudolf Lindau ; un extrait de l’ouvrage de Victor-Marie de Launay et d’Osman Hamdi Bey intitulé Costumes populaires de la Turquie en 1973.

Un Ottoman en Orient, Osman Hamdi Bey en Irak, 1869-1871, Textes d’Osman Hamdi Bey, Rudolf Lindau et Marie de Launay ; publiés, annotés et introduits par Edhem Eldem ; Texte de Rudolf Lindau traduit de l’allemand par Rana Eldem, Paris, Actes Sud Sindbad, 2010, 245 pages.

Publié le 29/10/2010


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


 


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